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  Chine


12/06/07
Tabu.. quoi?
Enfin l'origine du nom curieux de ma fidèle bicyclette !
12/03/07
Coup d'oeil sur le matériel emporté au fil de ces 12 000 km.
Je me rappelle être parti les sacoches déformées de toutes sortes de choses inutiles, gobelet en alu ou modes d’emploi de gadgets dernier cri.
21/11/06
Chine : le parcours intégral !
De la frontière avec le Kirghizstan jusqu'à Pékin, une vue d'ensemble de ma route en Chine.
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  A la Rencontre de Benjamin : 29 septembre
Auteur : Jean-Claude Thivolle
  
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A la rencontre de Benjamin

Je suis allé à la rencontre de Benjamin, au bout du bout du monde, au fin fond des déserts les plus arides de la terre, dans le Turkestan chinois - autrement appelé le Xinjiang-, juste après Qiemo et Ruoqiang, sur la « Nationale 315 » locale.

Pour ceux qui ne sauraient où ces deux bourgs se trouvent – je faisais partie du lot il y a quelques semaines-, ils sont situés sur la Route sud de la soie, au milieu de vastes oasis, coincées au nord par l’implacable désert dunaire du Takla-Makan, et au sud par la muraille massive du plateau du Tibet dont la ligne continue des sommets tombe par des à pics de 5 à 6000 mètres sur la cuvette désertique. En bref, on n’y passe pas par hasard. On n’y va plus pour traverser le continent, sauf quand on s’appelle Benjamin Guinot et que l’on a décidé de réunir Paris à Pékin à vélo.

Il a choisi, au départ de Kachgar, de rejoindre Xining - aux portes anciennes de la Chine - en traversant ces oasis et en franchissant la presque impénétrable bordure du Tibet pour gagner la province chinoise du Qinghai.

La « route nationale 315 » : n’allez surtout pas imaginer quelque chose comme la N7 au sortir de Fontainebleau. Ses plusieurs milliers de kilomètres offrent des visages contrastés : quelque chose comme une autoroute flambant neuve entre Qiemo et Ruoqiang, puis un parcours de Paris-Dakar, façon Nouakchott, en sortant de Ruoqiang, enfin des tronçons de montagne s’apparentant au GR 19 qu’emprunteraient des camions fous.

J’ai trouvé à Qiemo (réuni par avion à la capitale de la province deux fois par semaine) une conductrice ouighour de taxi qui a bien voulu partir aux trousses de Benjamin avec moi. La première partie du trajet jusqu’à Ruoqiang a été une partie de plaisir. Son petit taxi bleu a franchi en trois heures - en frisant le 110 ! - la distance entre les deux localités. Benjamin, que j’avais eu l’avant-veille au téléphone, m’avait dit que la route était tout le long formidable. Son plan de route aurait dû normalement me permettre de le rejoindre, après Ruoqiang, en deux petites heures, au pied de la passe qui permet de franchir la barrière tibétaine. Or, depuis, silence radio : les téléphones cellulaires ne « passaient » plus. Benjamin n’avait pu m’indiquer le changement d’environnement dès Ruoqiang franchi.

Les terrassiers et les goudronneurs étaient bien à l’œuvre, mais les cent kilomètres suivants ne doivent être livrés que dans deux ans. Cela n’arrangeait pas nos affaires. Le petit taxi bleu mit deux interminables heures pour franchir les premiers cinquante kilomètres de la piste adjacente, défoncée par les engins de terrassement. La nuit tombait. Pas de Benjamin. Ma belle ouighour faisait une tête de six pieds de long en se demandant dans quelle galère elle s’était engagée pour trois jours. J’arrêtai, de guerre lasse, une grosse jeep venant en sens inverse pour demander au conducteur si, par hasard, il n’aurait pas vu un gringo à vélocipède. On ne sait jamais. Il l’avait vu. Au pied du col. A quelque chose comme 100 kilomètres. Mais on ne pouvait y aller avec une voiture de tourisme, il fallait un robuste 4/4. La voie était dangereuse et hérissée de rochers. Ma conductrice vécut comme une délivrance l’obligation de retourner sur nos pas à Ruoqiang le soir même, et sans doute aussi de ne pas être obligée de dormir à la belle étoile… Je l’y laissais en stand-by , afin qu’elle me permette de faire le trajet retour sur Qiemo deux jours plus tard. Je dormais cette nuit-là encore dans des draps frais et avais le plaisir de faire disparaître la poussière de la journée sous une douche.

Je passais la matinée du lendemain à chercher le tout-terrain nécessaire pour rejoindre Benjamin. Ce fut chose difficile car la denrée était rare, mais je réussis à convaincre un Hui, originaire du Gansu, de m’accompagner. Petit (Xiao) Wang avait un visage moins avenant que Misou Bouli, mais il s’exprimait, lui, dans un chinois ne nécessitant pas d’interprète, et, de plus, c’était un mécanicien hors pair. Je mesurerai sur le chemin du retour cette qualité quand, dans l’immensité de nulle part, le ventilateur du radiateur cracha toutes ses pales de plastique et qu’il le remplaça en quelques minutes, par des pales neuves sorties du bric-à-brac des pièces de secours embarquées, en « tombant » sur place le radiateur et une partie du moteur.

Nous avons repris la piste raboteuse, celle-là même que Benjamin avait empruntée deux jours plus tôt. Je n’ai pas pu lâcher la barre de soutien devant le siège du passager pendant tout le trajet plat dans le désert. Mon nouveau chauffeur roulait à tombeau ouvert. J’étais secoué à tel point que je lui ai proposé de me consentir une réduction tenant compte du temps effectif pendant lequel mes fesses auraient touché le siège.

Benjamin m’a indiqué, plus tard, qu’il avait passablement souffert d’un vent de sable sur ce tronçon (il souffle environ tous les trois jours). J’ai joui pour ma part de conditions assez favorables. Je n’ai goûté au sable que les rares fois où nous avons croisé un véhicule venant en sens inverse, laissant un panache de poussière de plusieurs centaines de mètres derrière lui. Pas un souffle de vent si ce n’est, au loin, de petites tornades élevant haut dans le ciel leur tourbillon poussiéreux.

Les lunettes de soleil qui se trouvaient miraculeusement dans le sac de voyage que j’avais emporté n’apaisaient qu’imparfaitement la lumière aiguë qui noyait l’ensemble du paysage dans un halo aveuglant. La haute lisière montagneuse que nous longions refusait de prendre ces teintes bleutées, apanage de tous les horizons élevés. Elle dessinait ses lignes brisées au- dessus de la plaine dans une palette de gris sales sans reliefs. J’étais pour ma part dans un véhicule, muni de ceintures et de bretelles : des pare-soleil et également un filtre bleu collé sur la partie haute du pare-brise.

La chaleur d’intersaison, en revanche, n’était pas extrême, 30 et quelques degrés. Mais encore une fois, je n’appuyais pas sur des pédales, moi, autrement que pour freiner devant la conduite téméraire de mon ami Hui…A l’inverse, la température allait descendre ici à –30° la nuit dans quelques semaines.

A Ruoqiang nous avons abandonné les dernières traces de vie humaine. L’extraordinaire éventail des visages portait la marque du brassage des populations ayant animé la Route de la soie ; cette route est mal nommée, car elle souligne uniquement des échanges d’Est en Ouest, alors que l’inverse a été tout aussi important. Songeons que le bouddhisme a suivi cette route obligée pour venir de l’Inde à la Chine, et ne parlons pas de l’Islam ultérieurement. Les traits des individus croisés à Ruoqiang nous renvoyaient à la Turquie, bien sûr (les Ouighours, et les autres peuples de la steppe) mais aussi au Pamir, au Caucase et à ce Moyen-Orient qui plonge dans les mille et une nuits de la Méditerranée. Il est amusant de remarquer que le désert pèse sur l’âme du voyageur qui le traverse, non parce que les végétaux n’y croissent pas, mais parce que l’on n’y croise âme qui-vive. La solitude peu parfois tarauder autant que la soif. Plus tard, Benjamin nous a dit la fraternité unissant les gens qui taillent la route, un peu à la façon des gens de mer ; sa remarque me faisait comprendre que sa discipline n’était pas tous les jours légère à porter. « Souvent » me dit-il, zigzagant sur son deux-roues dont les sacoches et autres boursouflures adventices lui confèrent une allure de fragilité pataude, « les gens s’arrêtent pour me demander si je n’ai besoin de rien, ça fait chaud au coeur». Moi-même, plus tard, alors que j’étais avec lui, je dus expliquer son long voyage à un couple de touristes chinois ayant arrêté leur tout-terrain sur le bas-côté afin de voir ce dont nous pourrions avoir besoin. Ces néo-touristes, compatissants, ont conclu en disant de lui « Zhen shi ge yingxiong renwu » : c’est vraiment quelqu’un d’héroïque.

Sur la piste défoncée longeant la future route, nous n’avons vu, de loin, que les silhouettes fantomatiques des ouvriers pionniers venus des autre provinces chinoises au volant de leurs gros engins, dévoués à l’élévation du terre-plein destiné à porter la future chaussée. Ils étaient aussi occupés à bâtir, à distance régulière, de larges ouvrages en béton armé permettant le passage…des eaux. Fichtre ! Rien ne disait vraiment l’existence de pareil élément dans la cruelle aridité environnante. Et pourtant, il n’est pas si rare que les montagnes déversent leurs crues à cette vingtaine de kilomètres plus loin avant que les sables assoiffés ne réussissent à en étancher le flot.

Les baraquements d’habitation des ouvriers, en terrain hostile, se devinaient de loin en loin. Sur ces campements mobiles flottaient des drapeaux, parfois multicolores. Et les engins au repos s’alignaient aux portes des camps comme pour s’adonner à des exercices de formation en tortue, ou en tous cas, pour se donner comme symbole d’un ordre exemplaire.

Après deux heures de paysages lunaires, la jeep s’engagea dans un vaste arroyo profondément creusé dans des roches détritiques devant nous conduire au pied de la formidable barrière. La brutalité des coupes géologiques exposait au regard des couleurs primaires.

Là, heureusement, la montée qui s’amorçait et la dangerosité de la route firent lever le pied à mon chauffeur. La voie, qui suivait le fond du canyon, s’accrochait lorsqu’elle le pouvait aux pentes abruptes ou sur les hautes berges. La plupart du temps, elle dérapait dans le lit du torrent, pour l’heure à sec. Elle donnait parfois l’image d’une piste encore bien damée, vestiges d’un état antérieur qui avait sans doute nécessité d’importants travaux à la suite de crues totalement dévastatrices. Comme la dernière fonte des neiges l’avait souvent emportée, en l’entaillant comme on coupe dans un gâteau, la plupart du temps la piste à peine ébauchée sautait à pieds joints dans le lit, voire dans l’eau. La nouvelle voie de secours, dégagée au bulldozer, slalomait entre de gros blocs de rochers que la dynamite avait brisés lorsqu’ils obstruaient totalement le passage. Parfois, les parois du lit creusées dans des couches meubles se rapprochaient dangereusement. D’autrefois de petites congères de sable barraient le passage. Elles masquaient presque immanquablement une rude ornière, qui nous obligeait à réduire l’allure pour ne pas crever de nos têtes, la toile du toit de la jeep. Benjamin lourdement chargé, avait dû, au passage, s’enliser dans le sable fin, descendre de vélo pour reprendre ensuite, l’obstacle franchi, sa lente montée.

Coup de chapeau aux cantonniers du coin. Au pied des monts, dans un bouquet d’arbres miraculeux, se dressaient les quelques bâtiments souffreteux de leur casernement local, isolé de tout. Les hommes, comme d’anciens soldats sur les limes de l’empire, étaient attachés à l’entretien de l’interminable voie d’accès au plateau nord du Qinghai.

L’automobiliste interrogé la veille nous avait dit avoir croisé dans la soirée la tente de Benjamin, plantée dans l’arroyo au bas des monts, à un jet de pierres de la route. Il avait ajouté, avec un sourire, que si nous retournions à sa rencontre le lendemain, nous n’aurions pas à nous élever beaucoup en altitude, la pente aurait raison de ses ardeurs. Et pourtant, nous montions graduellement maintenant et toujours pas de Benjamin. Mon chauffeur, sans doute un brin braconnier, stoppa un instant le véhicule. « Regarde », me dit-il en le désignant triomphant du doigt, « regarde le sillon laissé dans le sol gravillonneux par ses roues ». Le tracé était rectiligne, je fus surpris, dans la mesure où la grimpette à cet endroit était accentuée, que la trace ne comporte pas la sinusoïde obligée de la roue avant traduisant la dure peine du cycliste. La trace était la marque d’un jarret d’acier. Notre lièvre était allé beaucoup plus vite que prévu. Je me souciais de ce que Xiao Wang ne se désespère de le retrouver et me plante au beau milieu du parcours, comme me l’avait fait avec peu de grâce la belle Migou Bouli la veille au soir.

A mesure que nous montions, la température s’abaissait. J’avais demandé au chauffeur, dans la plaine, d’enlever la portière à côté de moi afin de pouvoir regarder le paysage obscurci par des vitres semi-opaques. L’air s’engouffrait maintenant et me faisait frissonner. J’enfilais tout ce que mon sac, sur la banquette arrière, comptait de chaud. Je n’avais pas songé, dans la touffeur des déserts rencontrée plus bas ces derniers jours, à l’éventualité de telles températures. J’eu même un instant l’idée de m’emmitoufler dans la couverture ouatée de couchage que j’avais achetée la veille à Qiemo.

Et puis, après une interminable ascension vers les sommets, au débouché d’un virage, Benjamin est apparu, à une cinquantaine de mètres devant nous, penché sur son guidon. Nous l’avons dépassé et nous nous somme arrêtés un peu plus loin. Me souvenant de mes classiques, je me suis dirigé vers lui et lui ai dit : « Benjamin, je présume ?! » Des flocons glacés lui fouettaient le visage marqué par l’effort. Sa figure émaciée et rougie –le bandeau de protection de ses oreilles renforçait son air de Sherpa - était étroitement fendue par des lèvres qu’une crème blafarde contribuait a rendre encore plus fine.

L’une des premières choses qu’il me demanda était si je n’avais pas de douceurs à lui donner, il manquait, me dit-il, cruellement de sucre. Je lui dépliai deux carambars qu’il dévora derechef et lui en mis une poignée dans sa poche dorsale.

Mais il avait peur de se refroidir et nous dit vouloir monter d’abord au sommet. Xiao Wang, interrogé sur la route restant à faire pour y parvenir, nous annonça la distance d’une dizaine de kilomètres. Quel bonheur pour Benjamin de constater, après deux ou trois virages, que notre arpenteur s’était lourdement trompé dans ses évaluations, et que nous étions arrivés dans la brèche du col !

La neige glacée tombait en rafales. La passe de la chaîne des Aerjinshan, à près de 3825 mètres, était dominée par des sommets escarpés tutoyant les 4500. Benjamin, sur la route pierreuse venait d’avaler ses 2500 mètres de dénivelé, d’un coup, parvenant à une hauteur sensiblement égale à celle du Mont Blanc.

Nous avons sacrifié un moment à la séance de prises de vues. Mes doigts gourds m’empêchèrent de manipuler en douceur le pied de la caméra, et de faire ce que j’aurais voulu.

Très vite nous avons décidé de redescendre de l’autre côté afin de retrouver des températures moins extrêmes pour passer la nuit. Après presqu’une heure de lacets (Benjamin, en descente, allait quasiment plus vite que notre 4x4), la vallée étroite s’est ouverte et nous a permis d’embrasser l’immense perspective d’une nouvelle chaîne escarpée. Le cirque minéral dans lequel nous étions jouait sur la palette des ocres et des terres de Sienne. Il allait s’enflammer quelques heures plus tard dans la majesté du soleil couchant.

J’assistai au rituel du planter de la tente. Elle fut placée sur un épaulement offrant une vue imprenable sur 360 degrés, à 3000 m d’altitude. L’immensité du panorama, vierge de toute présence humaine, appelait l’esprit à la contemplation. Notre dîner joyeux fut arrosé d’une bouteille de Bordeaux agrémentée de cochonnailles apportées de France. Les victuailles, dignes d’un repas de Noël, firent songer Benjamin à des joies qu’il pourrait à nouveau connaître après son périple censé s’achever le 20 novembre prochain sur la place Tian’anmen. Depuis la Roumanie, il n’a connu sur son chemin, me dit-il, que le plaisir de la tradition Halal. Lorsque j’ai ajouté, pour rire, que s’il ne roulait pas aussi vite, ma belle accompagnatrice ouïghoure eût agrémenté de son sourire amical la présente soirée, je sentis que je ne devais pas pousser trop loin le bouchon, car il me fit l’impression d’en avoir un peu soupé des nourritures trop « pures » qui constituaient son quotidien.

Nous avons passé la nuit, lui dans sa tente et moi, flanqué de Xiao Wang, à l’intérieur du véhicule aménagé à cet effet. Le lendemain matin, Benjamin est venu me sortir aux aurores de mon sac de congélation. Si je n’avais pas mégotté en achetant la couverture ouatée la moins chère, sans doute que l’inconfort de la barre métallique du siège abaissé me torturant les reins n’aurait pas été suffisant pour m’empêcher de dormir jusqu’au matin.

La journée devait être consacrée à des prises de vues pour pouvoir ramener des images de son voyage. Les premiers rayons rosés du soleil effleurant la cime des cimes nous nimbèrent dans leur enchantement. Tous les matins du monde. Sentiment d’humilité partagée. La caméra épousa le soleil depuis son lever, jusqu’à son zénith en essayant de s’attarder sur les gestes du quotidien de Benjamin. La fraîcheur de l’air me fit oublier la dureté des rayons et, à l’heure du déjeuner, je pris conscience que ma figure était en train de virer pivoine.

Vers 14 heures, nous avons transbordé, de la jeep vers ses sacoches profondes, les victuailles, l’eau et les objets divers que je lui ai rapportés et qui devraient lui permettre une autonomie de plusieurs jours. Dans deux jours, c'est-à-dire le 30 septembre, il doit, dans une marche forcée d’une centaine de kilomètres par jour, atteindre la bourgade de Mentougou, réputée par mon chauffeur, piètre informateur comme nous en avons fait l’expérience, disposer de tous commerces, et qui sait peut-être d’une sorte de caravansérail. Avant cette destination, et en jouant à saute-mouton sur les sommets, la carte marque sur le parcours une micro agglomération portant le doux nom de Mine d’amiante. Savoir si elle existe réellement à cet emplacement ? Il faut dire que les cartes chinoises du commerce, sans doute en raison de vieux réflexes destinés à perdre l’ennemi, sont peu fiables. Mais qui en avait vraiment besoin dans un pays jusqu’alors plongé dans la sédentarité ? En tous cas, elles constituent pour Benjamin, engagé dans la traversée de ces hauts plateaux, et ce jusqu'à ce qu’il ait atteint la « Chine intérieure », là-bas, vers Lanzhou, beaucoup mieux balisée, un élément hasardeux pas très éloigné de que représentaient les blancs sur la carte de Sir Livingstone.

Nous nous sommes donc quittés vers 14h00, lui, pour reprendre les cailloux du chemin, et moi, pour rejoindre Ouroumtsi le lendemain ; prochain rendez-vous donné à Pékin. Mon retour par la route allait encore être plus mouvementé que l’aller, mais c’est une autre histoire.

J’avais un peu honte en laissant Benjamin, à cause des tentations que j’avais introduites en l’approvisionnant de tant de choses qui font défaut à son ordinaire ; honte d’avoir surchargé son vélo au point qu’il allait imprimer des traces deux fois plus profondes sur la route de ces prochains jours.


Jean-Claude Thivolle
Responsable du bureau CNRS à Pékin


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